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Miriam Makeba - Mama Africa

Miriam Makeba – Mama Africa

Reportage Photo : Sénégal – Gambie

19 octobre 2015 Commentaires (0) Vues: 1148 Article

IN VIVO : la webpresse numérique gazettophobe

Mardimanche, 15h59, Porte d’Ausecours – Conférence de rédaction de Buvard Mag.

Malgré le décès annoncé de la presse, un nouveau média au ton désespérément décalé tente encore une fois de se lancer. Certain du caractère inédit de sa démarche, la rédaction de Buvard Mag, le magazine que tu suces, accueille audiolemok, homme-objet de Poppers Mag, afin qu’il témoigne, tout en occupant son agenda clairsemé.

J-Pol, directeur opérationnel, des éditions, de la publication, de la rédaction et rédacteur en chef s’interroge.

— Je veux pas jouer au réac, mais on peut savoir pourquoi Napalm, Loeb et Béger sont à la bourre ?
Il faut reconnaître que la fréquence aléatoire des conférences de rédaction ne facilite pas la réunion de l’équipe.

— J’ai eu Phalloïde au téléphone il y a une heure, parvient à expirer Namasté entre deux taffes. La responsable impression du webzine soupçonne un apéro prématuré.

— Je vois, assène J-Pol,  perspicace.  Il se glaire la gorge pour s’assurer de la clarté de sa voix de gitane. Prenant donc la mesure de l’indifférence systématique qu’éprouvent ces trois pochards à l’endroit de ce que je croyais naïvement être notre projet commun, je vous propose de démarrer, histoire d’oublier leurs vilaines faces de cubi. Allons-y. Et ouvrez-la bien grand. Qu’on voit la glotte.

Ravigote lève le doigt. Le plus grand. Sans l’attendre, Jean-Branle, rarement euphorique, dégueule sa tirade.

— J’imagine qu’il va falloir qu’on crache de la virgule sur un fait majoritaire en adoptant un angle d’attaque imprévisible ?

Alors que J-Pol tente de saisir l’extincteur le plus proche, un clone de clodo, non sans avoir préalablement savaté la porte d’entrée, s’invite autour de la table.

— Salut les bouseux ! Désolé du retard, mais je me suis fait coursé par un puceau d’Action contre la faim. Et c’est peu dire que j’ai les crocs.

VERITAS COULEURCousin Bledard, co-fondateur inutile de Buvard Mag, ne sort qu’occasionnellement de son Groland natal, là-bas, à quelques foulées de la grande couronne d’une sous-préfecture sans appellation d’origine. Il peine à achever son reportage in situ d’une caissière du Shopi local qui hésite à porter plainte s’il persévère, pépère.

J-Pol inspire très longuement. Après une fouille archéologique au plus profond de ses orbites gorgés de collyre, il réajuste sa monture qui lui scie le nez.

— Si vous me permettez. Je vais certes attendre un peu avant de défendre le rétablissement de la peine de mort pour les titulaires de cartes de presse, mais je constate que la confiance dans le genre humain est à nouveau une illusion. Je comprends, c’est ma faute, j’aurais mieux fait de rester à piger dans mon coin pour les esclavagistes au lieu d’essayer de m’enlever les wouads. Ceci dit, nous sommes tous là, le fondement bien vissé sur ces tabourets sodomites, à attendre qu’il se passe quelque chose. J’ai pas dit une révolution ou la tirade du siècle, mais juste de quoi partir sur un sujet. Pas rien. Est-ce envisageable, bien-aimés tocards ?

Il est difficile de mesurer l’impact de la mise au point du directeur en chef. Les chiffres divergent, mais principalement autour du zéro.

— Du coup… Je pense qu’il faut un choc visuel, d’abord. Par exemple, je sais pas, en supprimant la une…, réfléchit J-Pol tout haut, sans réfléchir.

— Tu chies dans la cuvette J-Po ! Ce poète timide, c’est Iggy Lou. Passionné d’éclectisme, il mène depuis trente ans la lutte contre l’obscurantisme culturel, dévoilant à toute une génération les héros injustement oubliés. Un encyclopédiste sans oeillères, au croisement de tous les mouvements, du garage ou proto-punk, de New York à Détroit, des Stooges au Velvet. Maniaque du contrepied, il prépare aujourd’hui une oeuvre-somme: L’iguane de velours, I wanna be your Venus (in furs). 

J-Pol reprend.

— Je reprends. Parce que y en a un peu ras le bonbec, non ? Tout le monde se plaint du mimétisme consensuel, des marronniers, de ces grandes typos sur fond noir pour faire peur, de ces dessins sous-Gondry pour faire érudit régressif, de ce dogme des punchlines qui ne percutent pas, de ces éditos systématiques sans forcément de points de vue, de la maturité frigide du graphisme. En bref de la mort des fanzines, de cette magie du bénévolat tant qu’elle est minoritaire. Le désintéressement comme postulat et idéal. Et pourtant ça prolifère. Si on n’essaye pas ici de virer tout ce bordel, on sert à rien.

— Ah? Donc mon idée de top 10 des meilleurs best-of des plus spectaculaires mises en abîmes, je peux me la carrer si je comprends bien ?, ose CheapGuy, stagiaire-adjoint chargé de faire pitié.

— Tu penses sérieusement que c’est en dénonçant tout seul les pratiques de tes homologues, qui eux, parviennent encore à en vivre, que tu nous motiveras ? lui demande Grasse, responsable mode et salaisons.

— Bah j’aurais bien aimé éviter le traditionnel tour de table, mais si voulez jouer aux connards …, cingle J-Pol, peu émotif.

— Au-delà des menaces, est-ce qu’on peut quand même tenter de réfléchir à des choses pas trop mainstream mais suffisamment trendy histoire d’avoir un ou deux lecteurs ? J’aurais bien vu une rubrique récurrente, quelque part entre la playmate et l’employé du mois. Pendant les fêtes, j’ai par exemple pensé au Millésime du Mois. Une belle double page reproduisant le plus fidèlement la bouteille, sans aucun commentaire – ça fait toujours dégueuler – mais simplement les coordonnées du vigneron, voire des cavistes pour les citadins handicapés.

Il est chaud, TorchMan aujourd’hui. A l’écoute de cette idée anodine, l’ambiance jusqu’ici bien fraîche, s’illumine. Le plaisir renaît. Tous s’affairent pour mettre sous presse un hors-série Volnay. Excepté J-Pol, qui souhaite cultiver son individualisme difficilement conciliable avec un travail en équipe, mais bon.

— Je sais pas, franchement. Doit-on encore et toujours chercher à fidéliser le lecteur, le caresser sans cesse, alors qu’on sait qu’il ira irrémédiablement tapiner ailleurs ? A quoi bon faire semblant de croire en lui ? Je pense qu’il faut trancher dans le lard. Je nous verrai bien changer de maquette à chaque numéro. Caméléon Zine, le canard du camouflage, le mensuel des snipers. Ce sera notre seule contrainte. Il ne faut plus se contenter de surprendre le lecteur. Il faut le piéger. Souhaiter lui faire du mal.

— Et donc on change de nom tous les quarts d’heure ? Pas con, comme ça on peut aussi jeter les rédac chefs qui nous les brisent, se permet Eudes-Loup, normalien qui s’est sans doute trompé d’étage.

— Si j’étais gourmand, poursuit J-Pol, peu sensible aux interruptions, je vous proposerai bien aussi de modifier le support à chaque parution, mais vu votre enthousiasme, je sens que vous n’êtes pas totalement prêts…

— Tu sais J-Pol, on n’a rien de spécial contre l’idée. Ce serait même plutôt motivant ton trip. Mais le souci, c’est toi. On comprend que tu doives compenser ta face de collabo par un excès d’autoritarisme primaire, mais les autres et moi, ça nous emmerde. On irait même jusqu’à préférer un gentil légume. Je te propose donc que nous attendions que tu changes de comportement, si c’est encore possible, avant de lancer un projet tous ensemble, conclut quelqu’un sans pseudo satisfaisant.

Audiolemok assiste, ébahi, au départ des 53 membres de la rédaction, sans pouvoir broncher. Alors que J-Pol se rapproche de lui, pour un bref instant câlin, notre reporter sort de son sac un club confit de foies de volaille/cornichons. L’arme suprême.

J-Pol va-t-il continuer à chercher à s’imposer dans un milieu qui manifestement le rejette?

Buvard Mag paraîtra-t-il?

Et si oui, où?

Illustration: La Hyène

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