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IN VIVO: Buvard Mag, le magazine de trop

Edito #5

1 mars 2016 Commentaires (2) Vues: 1249 Article

Reportage photo: Népal

On commence l’année par un petit retour en arrière. Nous sommes en 2012 et Olivier et son compagnon ont décidé de faire un trek au Népal, tâter de l’Hymalaya. Le pays sera frappé quelques temps plus tard de secousses sismiques d’une ampleur inhabituelle et nos deux amis verront au poste de télévision certains des endroits qu’ils ont traversés réduits à néant, d’autres constructions anciennes résister, comme par miracle… Ce périple nous interroge donc sur le temps mais également sur les vitesses variées auxquelles il peut s’écouler selon l’endroit où l’on se situe…

Leur voyage commence par une arrivée à Katmandou. La ville mythique bout d’un marasme joyeux. La capitale népalaise réunit une soixantaine d’etnies différentes qui toutes parlent une langue bien particulière. On peut donc imaginer le chaos bruillant et vivant dans lequel se perdent nos deux voyageurs. De ce bouillonement incessant s’échappe un air nauséabond. Il s’avère que la ville est l’une des plus polluée au monde malgré sa population relativement limitée (un peu moins d’1 million d’habitants). En effet, les katmandouites sont entrés dans un cercle vicieux. Nos voyageurs découvrent rapidement que la poussière orange qu’on trouve un peu partout dans la ville vient de fabriques de briques clandestines. Les secousses sismiques ne sont pas rares dans la région et les reconstructions à la va-vite sont légion. Un peu partout, des échaffaudages de bambou grimpent sur de frêles constructions qu’il faudra au mieu retaper lors de la prochaine secousse. Au gré de ce dédale de ruelles étroites, nos voyageurs déboulent un peu au hasard sur des bâtiments délabrés plus ou moins récent, des artères encombrées de deux-roues bruiyants et de badauds ou bien encore, sur des temples séculaires que le temps et la terre tremblante semblent avoir épargnés.

Après une semaine dans le marasme katmandouite, nos deux voyageurs commencent leur périple dans la vallée et monteront ainsi jusqu’à 4400m. C’est la belle saison mais malgré cela, les températures peuvent descendre très bas, surtout la nuit. Nos deux amis suivent un chemin de fortune qui relie tant bien que mal des villages dont ils mesurent rapidement l’isolement. “Par la côte roide nous plongeons dans le faubourg indigène” disait Claudel. Les différents ravitaillements de ces bourgs se font à pied, la route ne permettant pas d’autres moyens de locomotion. Les hameaux qu’ils traversent vivent ainsi à leur rythme, coupés du monde et de la capitale. Ils sont généralement entourés de terrasses qui permettent à leurs habitants de cultiver de quoi vivre (principalement du riz, des lentilles et du chou vert). Dans les maisons modestes, la sobriété constraste parfois avec le sourire des joyeux bambins qui reignent sur cette montagne ou bien avec un trait d’esprit surprenant: une photo de la famille royale joyeusement barbouillée, certainement grimée par les enfants vivant là. Preuve supplémentaire de la rupture, du monde séparant les campagnes de la ville, voire même du peuple et de la royauté.

C’est donc sur cette route que se font les rencontres les plus diverses: de ces gens transportant du matériel pour construire une maison ou du ravitaillement, à ces femmes portant la récolte du jour sur leur dos, en passant par des jeunes katmandouites en jean, tongs et t-shirt (par -10°) parlant anglais et rompant avec la simplicité et la réserve des népalais de la vallée. Le contraste entre la capitale et la campagne est saisissant et se comprend par la difficulté d’accès à ces villages oubliés. Ce maigre chemin quasi impraticable est effectivement le seul lien entre Katmandou et la vallée, mais les choses changent. Au cours de leur voyage, nos deux amis croisent plusieurs fois la route d’un énorme chantier autoroutier. La modernisation arrive à grand pas.

En dehors de ces quelques hameaux, le vide, la nature. Pas la nature bienveillante du jardin botanique mais bien celle implacable de la haute montagne. Dans ces étendues montagneuses, l’humanité semble parfois n’avoir jamais existée. C’est sans doute dans ces moments de solitude intense qu’elle parvient à surprendre nos voyageurs éprouvés par l’altitude et l’air frais en reparaîssant comme par miracle au sommet d’un col, matérialisée par un édifice bouddhiste blanc affublé de drapeaux de prière bigarrés, ou de ces rencontres fortuites faites sur la route.

Bon gré mal gré, nos voyageurs arrivent au refuge tant convoité. Un repos bien mérité puis ils repartent sur cette même route afin de regagner la civilation et le tohu bohu katmandouite. Reste ce sentiment étrange qu’on est bien peu de choses face à la nature rugueuse et que c’est peut-être cette route, toute sale et peu accueillante qui fait les hommes et les femmes de ce pays, fine veine d’un peuple oublié pour le meilleur et pour le pire.

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Photos : Olivier Chlemaire

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2 Commentaires - Reportage photo: Népal

  1. Romain dit :

    Encore un super photo-reportage qui fait du bien ! Les photos sont magiques 🙂

  2. […] Exemple d’un article […]

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