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7 novembre 2014 Commentaires (1) Vues: 1857 Article

Forest Man

De nos jours, les héros sont méconnus… À vrai dire, les vrais héros le sont toujours. C’est vrai, à y regarder de plus près, ceux d’autrefois, les héros originels, décrits dans les pages d’Hérodote ou de Thucydide, eh bien ces héros n’étaient que des bêtes sanguinaires et superstitieuses, ayant été capables de quelque exploit sur les champs de bataille ou auprès du cœur d’une belle, probablement frigide ou pieuse au possible. Les vrais héros, j’entends par là ceux qui œuvrent pour le bien et le bon développement d’autrui, ceux qui font montre d’un sacrifice personnel dont on n’a plus guère l’idée aujourd’hui dans nos sociétés abruties de richesses, ceux là ne sont jamais cités dans les grands livres (il serait intéressant de se demander pourquoi mais là n’est pas la question aujourd’hui). Forest Man est de cette race d’hommes. À l’inverse des héros sortis de l’esprit de Stan Lee, Bob Kane et consors — les Batman, Iron Man ou Captain de la Corporate America, ces hommes de fer et de sang justifiant l’idéalisme conquérant d’une Amérique capitaliste à coups de tatane dans la gueule –, Forest Man ne porte pas de masque. Il aurait tort d’en porter. Les masques ne sont que pour ces héros voyous qui commettent les mêmes heurts que les prétendus criminels qu’ils poursuivent, ceux qui souhaitent cacher leur identité et échapper ainsi à quelques représailles légales. Notre héro n’a rien à se reprocher. Il faut dire que là où il est, Forest Man a peu l’occasion de commettre un crime de quelque sorte. En effet, si nos idoles de papier évoluent dans la densité urbaine sans jamais s’interroger sérieusement sur les vrais problèmes sociétaux de leur époque, Forest Man, ou Jadav Payeng de son vrai nom, œuvre en pleine nature et nous pose des questions autrement plus réelles que celle de savoir ce que nous ferions si, nous aussi, nous étions pourvus de super-pouvoirs. A priori donc, tout semble les opposer. Mais en réalité, la démarche de notre ami indien se rapproche de celles des super-héros américains en ce qu’elle commence elle aussi par une question existentielle.

Si les Peter Parker, Clark Kent, Bruce Wayne ne sont, au fond, poussés que par des préoccupations narcissiques absolues (celle de savoir quel est leur problème, ce qui les différencie de tous les autres et ce qu’ils vont faire de cette différence: devenir Dieu ou le Diable?),  Jadav a très vite réalisé qu’il n’y avait rien d’extraordinaire en lui mais que ce qui clochait vraiment, c’était tous les autres. Pour comprendre, il faut remonter en arrière. En 1979, Jadav participe à un programme de reforestation dans sa région, au nord-est de l’Inde. Cette région fluviale est en proie à de grands problèmes d’érosion dus au réchauffement climatique dont les effets provoquent des crues importantes du Brahmapoutre. Une fois leur mission finie, les planteurs sont partis. Jadav, lui, est resté. Il a continué et continue encore de planter arbre après arbre à l’aide d’outils plus rudimentaire, tu meurs… On est loin de l’armure milliardaire d’Iron Man! Le reste de l’histoire est raconté dans ce court documentaire:

Pour ceux qui ne parlent pas la langue de Katy Perry, la vidéo nous raconte comment Jadav plante depuis 1979 une forêt dont la superficie (550 hectares) dépasse celle de Central Park aujourd’hui et abrite éléphants, cerfs, tigres et autres espèces en danger.

Les questions que soulèvent Jadav Payeng et son action sont à la fois simples et d’une complexité à toute épreuve… La première, est bien sûr de se demander pourquoi il n’existe pas plus de programmes de reforestation? À l’heure où il est clair que les quantités de CO2 rejetées par nos activités sont trop importantes, au point qu’il est évident que le climat se dérègle de ce fait, pourquoi lorsqu’on mentionne (trop peu souvent) des solutions n’est-il jamais question de parler arbres, forêts, et plantations, tous ces petits éléments connus pour transformer (gratuitement s’il vous plait) le CO2 en oxygène? Il est vrai que les arbres ont peu de pouvoir d’achat ou qu’ils rapportent peu à court terme et ça, c’est tout de même embêtant lorsqu’il s’agit de relancer la croissance… En comparaison, les méthodes de la Chine qui a décidé de déverser des produits chimiques dans les cieux afin de faire pleuvoir sur ses régions asséchées, semblent plus efficaces à notre système croissantiste et à ceux qui produisent ces produits chimiques…

La seconde question que nous pose Jadav Payeng par son action est bien plus troublante: l’être humain serait-il capable de monts et merveilles? Il est là le vrai “problème” soulevé par Forest Man: les héros existent! Mais ce sujet est tabou et pour cause. Ce que montrent les personnes taillées dans la même étoffe que notre bon Jadav a de quoi déstabiliser l’establishment: un homme seul est capable de changer les choses sans autre ressource que sa volonté. Et nous ne sommes pas en train de parler des derniers exploits de Captain America! Mais la conclusion est similaire en dehors du fait qu’on loin d’une histoire mystique écrite pour faire rêver les midinettes en recherche de morale cheap and easy. Nous sommes bel et bien en présence de faits d’un pragmatisme à toute épreuve! Il est vrai que Jadav n’attend rien en retour et qu’en cela, il a beaucoup à nous apprendre.

Enfin, ce que l’histoire de Forest Man nous révèle, c’est bien le constat effarant des connaissances et de la sagesse de cet homme a priori dépourvu de toute éducation et vivant dans un confort tout relatif (même pas le wifi!) qui a compris que les lois et son état ne fonctionnaient pas correctement. Le fait qu’il ait décidé d’agir de son propre chef le montre bien. Ces derniers temps, la désobéissance civile prônée par ThoreauHoward Zinn et tant d’autres semble revenir à la mode et à pour mérite de montrer le réel danger de notre société bien souvent au péril de notre jeunesse (en tout cas pour le jeune Fraisse). L’action de Jadav et de tant d’autres met en exergue le fait que nos lois ne sont peut-être plus bonnes et qu’elles ne nous protègent pas comme elles le devraient. Une vérité qui n’est apparemment pas bonne à être trop répétée…

Illustration: J.Bardaman

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Un commentaire - Forest Man

  1. Patrick dit :

    Très bon article. Je retiens le côté positif à savoir que l’homme est capable de choses étonnantes pour le bien de l’humanité, et plus il y a de ces hommes (ou femmes bien entendu) plus l’humanité posera de nouveaux jalons vers un futur plus radieux…. le dessin est super aussi …. bravo Joris et merci pour nous faire connaître ces personnages quand même hors du commun…..

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