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24 décembre 2014 Commentaires (0) Vues: 1522 Article

Edito de Noel

Ca y est, nous y sommes de nouveau: c’est Noël. Sans vouloir faire mon rabat-joie, je dois bien avouer que j’ai de plus en plus de mal avec cette période de fêtes. N’entrons pas dans l’argument maintes fois entendu qu’avec le temps, cette fête est devenue la célébration d’un consumérisme débridé ou encore du fait que ça ne choque personne que l’on continue de fêter la naissance du Christ comme un événement universel dans un pays qui se dit laïque. Non, ce qui me dépasse et m’escagasse continuellement, c’est cette passion démesurée pour les décorations bon marché et les lumières bariolées alors que le thermomètre affiche un 15° de derrière les fagots et que les montagnes n’ont toujours pas revêtu leur manteau blanc. Toutefois, ma haine pour les luminaires bon marché et toutes ces couleurs affriolantes s’est légèrement estompée il y a quelques années, alors que je passais mon premier Noel chez l’ennemi allemand. L’anecdote ne vaut pas forcément le détour mais je me permets de vous la narrer.

Alors que je traversais le pays voisin d’ouest en est, et que je voyais progressivement le paysage se couvrir d’un voile de brume et de neige, mon émerveillement et mon âme d’enfant reprenaient petit à petit le dessus sur mes convictions anti-capitalistes primaires pré-apocalyptiques. Je vivais enfin le rêve de tout gosse né en dessous d’une ligne imaginaire reliant Bordeaux à Lyon que nous autres aimons à appeler le Sud. Jusqu’à présent en effet, les fêtes avaient toujours été des jours semblables aux autres, pataugeant dans un 10° ambiant et un ciel gris terne au possible qui laisserait vite sa place au bleu froid et percant des cieux de janvier, déchirés par le mistral. Mais cette fois, tout était blanc et gris. Oppressant mais rassurant quand on sait la chaleur du foyer familial qui nous attend patiemment. Dans cette ambiance délétère, les lumières, les marchés de Noël et autres sapins décorés prenaient tout leur sens. Après quelques jours passés dans ce climat, ces éléments bigarrés devenaient même une nécessité. Je me rappelais alors l’histoire tragique de Giono et de son Roi sans Divertissement, le sang dans la neige brisant ce cycle effroyable et qui semble infini de blanc et de gris, de froid et de fin du monde.

Quand tombe l’hiver sur nos chaumières, c’est un peu le couperet du jugement dernier qui est sur notre pallier et le repousser de la manière la plus humaine qui soit (avec fracas et mauvais goût) me paraissait soudain prendre tout son sens. Mais quand l’hiver ne vient pas… que faire? Il reste bien sûr les victuailles nombreuses mais cette année c’est notre cher Audiolemok qui nous délivre son menu de Noël sur un plateau d’argent. Il y en a pour tous les goûts rassurez-vous puisque tout ici n’est que nourriture spirituelle!

Gastrodiophilie

A moins que les fêtes soient pour vous l’occasion de manger de la merde (Fresh Garbage, Spirit,1967) à emporter (Kentucky Fried Chicken, Ronnie Foster, Two-Headed Frapp, 1972) ou en conserve (Catfood, King Crimson, In The Wake Of Poseidon, 1970), Poppers vous propose un audio-menu simple et délicat, pour que vous cessiez un instant de regretter ces langoustes irréelles que vous dégustiez sur le sable lors de votre dernier voyage sous le signe du Cancer (Tropic Appetites, Carla Bley, 1974). Armés de vos ustensiles (The Knife, Genesis, Tresspass, 1970; Spoon, Can, Ege Bamyasi, 1972; The Bottle, Gil Scott-Heron, Winter In America, 1974), vérifiez que dans votre Soul Kitchen, le frigo est bien opérationnel (O Meu Refrigerador nao Funciona, Os Mutantes, A Divinia Comedia,1970). Avant de saccager votre palais et les tympans de vos voisins, quelques conseils.

  • Pour l’accompagnement, le choix de légumes est infini (Call Any Vegetable, Absolutely Free, 1967).
  • Evitez-donc les tentatives de fusion intercontinentales (In a Shanghai Noodle Factory, Traffic, 1968).
  • Pensez régulièrement à une tombée d’oignons nouveaux, mais sans en abuser non plus (Green Onions, Booker T And The MG’s, 1962).
  • Pour le dessert, anticipez bien l’instant qui pique (Sour Times, Portishead, Dummy, 1994). Car pour certains gastronomes anti-pâtissiers primaires, seuls les fruits trouvent grâce à leur bouche (Small Fruit Song, Al Stewart, Zero She Flies, 1970). Ces fanascistes de la diététique se contenteront de croquer avec fougue dans un fruit juteux (Eat a Peach, The Allman Brothers, 1972) ou ferme (The Duke of Prunes, Absolutely Free, The Mothers Of Invention, 1967) ou de dépecer sauvagement un agrume innocent (Tangerine Zoo plutôt que Tangerine Dream). Il restera toujours un certain nombre de bourrins prêts à tuer pour un Granola, qui se gaveront, la main dans le saladier de Rice pudding (Beck-Ola, Jeff Beck, 1969) ou dans le pot de Vanilla Fudge.

Un festin accordant mets et sons donc, qui au-delà du goût, de l’odorat et du toucher (car vous mangez avec les doigts, souillon) comblera l’ouïe, quitte, il est vrai, à faire un tri sélectif parmi vos Flying Burrito Brothers.

GASTROlemok

Bonnes fetes à tous!

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